« 17 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 61-62], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5466, page consultée le 08 mai 2026.
17 août [1844], samedi matin, 11 h.
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon ravissant petit Toto, bonjour, mon petit homme
bien aimé, comment que ça va ce matin ? Tu travailles encore, mon pauvre petit homme,
aussi je ne veux pas te tourmenter. Je veux être très courageuse et très résignée.
Je
ne veux pas ajouter ma maussaderie injuste à la fatigue de ton travail.
Aujourd’hui je prendrai un bain. Peut-être cela me calmera-t-il le pied que j’ai très
enflé et très enflammé. D’ailleurs j’en ai besoin comme propreté. Le temps continue
d’être orageux et agaçant ; pour ma part, je ne vaux pas deux sous aujourd’hui. Il
est
vrai que je ne vaux jamais plus. Jour Toto. Jour
mon cher petit o. Louis-Philippe a raison et je me rallie à son opinion franchement et
entièrement. Seulement, je trouve que vous êtes assez de notre avis et qu’il ne faut
pas tant vous inculquer ce sentiment de votre beauté que
vous possédez bien assez pour mon repos et pour [mon] malheur.
Taisez-vous, monstre d’homme, et prenez garde à vous car je vous guette et je suis
prête à vous tomber sur la carcasse à la moindre infraction à la fidélité que vous
me
devez. Je vous pardonnerai tous vos trimes, mon
Toto, si vous venez tout à l’heure baigner vos beaux yeux et me baiser. Je me
sentirais très indulgente aujourd’hui, pour peu que vous veniez un petit moment dans
la journée m’apporter votre joli petit museau à caresser et à baiser. Ça ne serait
pourtant pas bien difficile si vous y mettiez un peu de bonne volonté. Allons, Toto,
un peu de courage dans les jambes.
Juliette
« 17 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 63-64], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5466, page consultée le 08 mai 2026.
17 août [1844], samedi après-midi, 4 h. ¼
Je vais prendre mon bain, mon cher adoré, mais je veux te griffonner quelques lignes
d’amour auparavant. Je veux te donner avec le bec de ma
plume tous les baisers que je n’ai pas pu te donner tantôt avec ma bouche.
Pauvre ange adoré, tu étais très pressé par le
travail car tu n’as pas même voulu attendre le temps de passer ton eau pour tes yeux.
J’ai bien vu cela ; aussi, je ne t’ai rien dit qui puisse te troubler, je t’ai laissé
aller sans oser même te dire que je t’aimais et que tu étais ma vie, tant je craignais
de te déranger. Sois béni, mon Victor adoré, je t’aime de toute mon âme. Tu es ma
joie. Je ne sais pas si tu pourras venir tout à l’heure, mais, à quelque heure que
tu
viennes, et, quelque part que tu sois, tu es le bien aimé, et le bien désiré, et le
bien attendu, et le bien venu.
Tu m’as très fort consternée, hier, en
m’apprenant que la plus grande partie de ton travail était déjà copiée. Moi qui
comptais si bien là-dessus pour me rabibocher de ton absence. Me revoilà encore
désappointée et rejetéea aux
calendes grecques. En vérité, je n’ai pas de chance du tout. Tu dois en convenir,
mon
Toto, et me plaindre car je suis vraiment très contrariée de cet incident.
Baisez-moi, mon Victor adoré, et tâchez de venir me sortir du bain si votre modestie ne s’y oppose pas. Voime, voime, Toto est très modeste. Je m’en fiiiiiiiiiche.
Juliette
a « rejettée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
